22 novembre 2006
Le grand chantier
Après quelques jours de préparatifs et
achats tout azimut, nous chargeons le Berliet, mon vieux camion qui après une
carrière de 40 ans dans l'armée française connaît une seconde vie sur les
pistes de latérite du Cameroun !
Au maximum de ses forces faiblissantes,
tout le fatras nécessaire à l'équipement et à la réouverture du camp est soigneusement
rangé pour supporter sans trop de casse l'éprouvant voyage qui l'attend.
Mercredi matin, départ "à
l'aube", càd vers midi, car comme d'habitude, les impondérables nous
retardent d'heure en heure !
Je file en tête, car je compte rencontrer
le "Baba", le lamido de Rey Bouba au passage. J'arrive en fin d'après
midi devant son palais, une immense enceinte de terre battue épaisse de
plusieurs mètres.
Il me reçoit rapidement, sans me faire
attendre quelques heures comme le veut la tradition. Il est vrai que nous nous
connaissons de longue date et qu'il m'a fait savoir qu'il souhaitait me
rencontrer. Récemment intronisé après les décès successifs de son père et de
son frère, je suis curieux de savoir comment cet homme destiné à une vie
urbaine et à une carrière prometteuse pourra s'adapter à sa nouvelle
responsabilité faite de traditions séculaires, moyenâgeuses même.
L'accueil est très chaleureux et je suis
vite rassuré sur ses intentions qui sont de redorer l'image du Lamidat et
témoignent d'une volonté de reprise en main réelle. Surtout il m'assure de sa
volonté de remettre un peu d'ordre dans les activités de pastoralisme et de braconnage
dont le parc, entre autres, est la victime.
Il faut dire que Boubandjida est le
territoire de chasse de son arrière grand père "Bouba Ndjiddah" et il
est normal qu'il attache de l'intérêt à préserver cet héritage. Me voilà
réconforté!
Arrivée au campement vers 21. De nuit la
piste est infernale, les yeux me tombent hors des orbites!
Bonne nouvelle, j'apprends que notre
première patrouille de la saison à mis la main sur Dzi, un braconnier bien
connu et deux de ses acolytes…Les comptes-rendus de patrouille par-contre font
froid dans le dos, la liste des bivouacs et indices de braconnage traduisent
une activité très intense durant toute la saison des pluies.Il faut absolument
que nous trouvions des réponses rapides à cela, en clair ... des moyens !
Debout aux aurores, je profite de l'éveil
de la brousse, ce qui est un vrai régal pour moi et dont je ne me suis jamais
lassé. Dans la fraîcheur du matin je goûte à la quiétude des lieux qui dans
quelques instants sera remplacée par la fourmilière de l'équipe s'affairant à
gratter, décaper, nettoyer tout le campement.
Chaque année il est indispensable, au
sortir de la saison des pluies, de redonner pareil coup de neuf. L'humidité de
la mousson cloque toutes les peintures et couvre de moisissure tout ce qui
reste. La végétation cacochyme de la fin de saison sèche est luxuriante et exubérante,
et il convient hélas de la tailler court ; jamais les camps ne sont aussi beaux
qu'en saison des pluies, lorsque personne n'est là pour en profiter ...!
Je m'aventure dans une petite patrouille
aux abords directs du camp, bien que je sache qu'à cette période il soit
impossible de voir quoi que ce soit dans les hautes pailles … Ca me permet
malgré tout d'apprécier la fréquentation de la faune en saison des pluies grâce
aux traces marquées dans le sol ; de ce côté la tout va bien.
Les quelques jours suivant sont consacrés
à tous ces travaux qui prendront plusieurs semaines pour être menés à bien. Je
m'inquiète de ne pas voir arriver le camion et les ingrédients indispensables
au chantier, bien qu'ici on apprend à ne plus trop s'inquiéter, les aléas étant trop nombreux et
les moyens de communications étant rares voire inexistants, on devient vite …
fataliste !
Après une quinzaine d'années ici, je ne
suis toujours pas parvenu au degré de fatalisme et d'acceptation des gens d'ici
et au troisième jour de retard, je me résous à envoyer une voiture à la
rencontre du camion, qui n'est en fait qu'à douze km du camp, bloqué dans
l'ascension d'un raidillon. Le camion n'a plus le souffle, l'embrayage est
grillé" selon les dires de mes sbires… En tentant de le tracter au
tirefort, ils ont cassé manille cordes etc. Je constate rapidement que l'embrayage
n'est pas grillé, mais simplement déréglé et après quelques tours de clé, le
camion sort comme si de rien n'était !
Au retour je m'apercevrai également que
mon brillant chauffeur a de nouveau calé dans un raidillon et n'utilise pas le
crabot 6x6 pour en sortir. M'en inquiétant, il me dira "qu'il fait
toujours comme ça" et démonstration à l'appui m'explique qu'il roule donc
toujours en 6x6 court sur route et que dès qu'il est dans un obstacle il se met
en 4x6 long !!! Sans commentaire. Pas étonnant qu'il ait mis 3 jours à arriver
là!
Retour à Garoua sans encombre. Le
prochain voyage sera plus court sûrement puisqu'il se dit que le radier de Mayo
Galké sera bientôt réparé.









