03 juin 2008
Fin de saison Voilà ! Boubandjida saison 2 se termine… Avec un dernier coup du sort. Notre dernier grand week-end, celui du 20 mai, fête nationale au Cameroun ne nous aura pas valu un client… Par contre un orage, précédé d'un coup de vent violent, m'a valu la dernière catastrophe en date : l'ULM pourtant solidement amarré à été arraché de son emplacement, emporté 25 m plus loin où il s'est fracassé dans les arbres… Les drisses nylons qui le retenaient ont été arrachées sans coup férir… Peut être affaiblies par le soleil ? Je n'en sais rien et n'ai pas le cœur à y regarder de plus près. Le mal est fait. Je ne pourrai pas réparer, trop de casse. Je ne pourrai pas non plus remplacer l'ULM. Je n'en ai pas les moyens et les affaires florissantes de Boubandjida ne présagent pas d'un changement de situation prochain. C'est un mauvais coup de plus pour moi, c'est un mauvais coup aussi pour le parc qui perd un outil de gestion remarquable. Pour les braconniers et autres éleveurs, c'est certainement jour de fête… Un autre effet plus pervers, ce genre d'événement est ici forcément perçu comme résultant d'une action mystique, d'un sort jeté par quelqu'un. Et les effets négatifs liés à mon malheur sont décuplés par cet état de fait…. Les braconniers seront convaincus du pouvoir néfaste de leurs maraboutages, et les anti-braconniers également, craindront davantage encore la puissance mystique de leurs adversaires… Bref tout cela ne va pas nous aider ! Il faut dire que je ne suis pas loin de me poser la question moi aussi de savoir si il n'y a pas un peu de magie là-dessous !!! Le week-end du 18 mai nous avons reçu les magistrats de Tcholliré, afin de leur permettre de leur offrir un aperçu des raisons pour lesquelles nous leurs envoyons des cohortes de braconniers. Je pense qu'il est utile d'associer les élites locales à la sauvegarde de l'environnement, de les inciter à s'approprier cette notion de conservation. Je voudrais leur permettre d'appréhender la conservation et l'écotourisme par le même bout de la lorgnette que nous, ce qu'ils ne font jamais, pour de multiples raisons. Au bilan de cette saison, malgré tout, des avancées significatives sur plusieurs points. D'abord un progrès certain sur le plan de la surveillance avec une augmentation conséquente de la présence sur le terrain, à mettre au crédit du conservateur qui s'emploie à intensifier la lutte. Cela se ressent dans le comportement des braconniers: nous constatons une baisse des incursions et surtout des incursions plus brèves, de nuit, et moins de boucanage ce qui limite d'autant les nuisances. Effet pervers, la recrudescence de l'emploi des pièges et de leurs nuisances. Le conservateur a également initié une action dans les villages, en poursuivant des braconniers jusqu'à leur domicile et en perquisitionnant à domicile, avec le soutien des forces de l'ordre et des Dogaris du Lamido. Ceci constitue une grande première dont l'effet persuasif sera des plus efficaces, je pense. Cette année nous n'avons pas eu à constater de gros empoisonnements d'eau, seul des petits points d'eau ont été concernés et nous multiplions la sensibilisation à la population sur ce plan car la pratique se généralise partout. Les incursions de boeufs ont été limitées aussi, et les problèmes d'insécurité que connaissaient les pasteurs peuls ayant été résolus par la présence permanente du BIR (Brigade d' Intervention Rapide), nous pensons que l'amélioration de la situation est à mettre au crédit de nos actions. Seul la frange Nord du parc, le long de la frontière tchadienne reste envahie dès le mois de mars. La concrétisation de terrain de la création du parc transfrontalier Séna oura Boubandjida que nous avons initiée permettra peut être de faire des progrès rapidement… La faune se ressent de ces avancées: de plus en plus d'observations, et surtout des animaux plus calmes, des éléphants partout et des observations en hausse pour les les espèces les plus fragiles, damalisques, girafes, élands et carnivores… Bref sur ce plan nous sommes assez confiants, convaincus de ce que notre travail porte des fruits qui commencent à se voir. Il reste beaucoup à faire certes, et l'an prochain nous voudrions ouvrir un peu nos actions à un travail en direction des populations, que nous voudrions encourager à initier des petits projets de développement. Ce serait une manière d'accoler au parc à une image positive, entité génératrice de bien être pour les villageois, et non plus à un espace maudit d'interdits et de menaces en tous genres… Sur le plan touristique, résultats mitigés. Après une début de saison prometteur, effondrement de la fréquentation début mars, en raison essentiellement des problèmes qu'ont connu les compagnies aériennes desservant le nord… Il est question d'un redémarrage prochain, et nous ne pouvons que serrer les pouces en espérant que cela se concrétise effectivement, faute de quoi … Le réseau de pistes aménagées et augmenté est aussi un atout supplémentaire, tant pour la surveillance que pour les visites, et l'année prochaine nous pourrons en toute logique mener de nouvelles activités touristiques qui participeront également à l'essor du tourisme… Autant de perspectives qui augurent d'une prochaine saison encourageante, mais tant d'incertitude et de fragilité encore… Cette semaine nous retournons sur place mettre en place la surveillance d'intersaison et fermer le camp pour l'intersaison.







