04 décembre 2006

L’échéance se rapproche

L’échéance se rapproche ….

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Nous sommes à moins d’un mois maintenant de l’ouverture et je ne sais par quelle face attaquer la montagne de choses qu’il me reste à faire … la mise en place de toute l’organisation administrative me préoccupe davantage que les aménagements du campement qui sont pourtant loin d’être achevés.

J’ai recruté Chantal, une connaissance perdue de vue pendant de longues années. Elle s’occupait alors des tâches administratives, du secrétariat et de bien d’autres choses au ranch de Gaoundaba, près de Ngaoundéré, et j’avais gardé d’elle un très bon souvenir. Retrouvée par hasard, elle s’est montrée très enthousiaste à l’idée de participer à l’aventure et j’en suis ravi. Elle possède une réelle expérience du monde du tourisme au nord Cameroun et ses expériences me seront sûrement utiles. Elle s’attaque à la tâche avec zèle.

Je perds un temps fou à Garoua où d’année en année les difficultés s’accroissent ; il est par exemple souvent impossible de trouver du matériel digne de ce nom pour satisfaire mes projets d’aménagement et de décoration et il faut me faut adapter mes ambitions aux modestes réalités de la place.

Mon nouveau départ prévu pour ce jeudi 23 novembre se verra reporté de deux jours, le «  nouveau » camion que j’ai affecté au campement et qui est sensé être fin prêt au départ depuis des mois, révèle panne sur panne ! Rien de grave, mais je passe deux jours à gérer des problèmes mécaniques dont on m’assure depuis des mois qu’ils sont résolus !

C’est cela qui mine le quotidien !

Ce camion est un vieux SM8 Saviem réformé des pompiers de la   marne que j’ai importé il y a  peu. Il affiche la moitié de l’äge du Berliet et n’avait qu’une quinzaine de milliers de Km au compteur. Nous l’avons remis à neuf, coupé sa cabine double en une cabine ordinaire et sommes à présent en possession d’un camion presque flambant neuf, que j’affecte à bien, avec une fierté que ne dément pas l’enthousiasme du personnel.

ouverture_de_piste___Nangari

LE 27

La multitude des taches qui m’incombent et l’urgence sont telle que je ne sais vraiment plus ou donner de la tête… il ne suffit pas d’avoir à gérer l’ouverture du campement qui représente une montagne de boulot, encore faudrait-il que j’assure l’ouverture des pistes et l’anti-braconnage… Aujourd’hui je m’accorde donc une journée brousse pour ouvrir une piste.

premiere_sortie__premier_plantage

En fait il s’agit plus pour moi de marquer le territoire vis-à-vis des braconniers tout en m’assurant de la praticabilité d’une piste de vision. Cette dernière, la boucle de Nangari, n’est plus pratiquée depuis longtemps. Pourtant lorsqu’en 94 j’oeuvrais ici elle était très appréciée, courte, en bon état et giboyeuse elle avait tout pour plaire.  Au cours de la saison dernière j’ai appris qu’elle était abandonnée depuis plusieurs années comme toutes les pistes au nord du campement, et les survols que j’ai pu en faire confirment que les animaux y sont vraiment rares !

Elle constitue pourtant à mes yeux la dernière rocade du cœur du parc qu’il faut préserver ce qui devrait être assez aisé car proche du campement et devrait bénéficier d’un retour de la faune assez rapide car assez proche du noyau de résistance. A la fin de la saison des pluies en juin j’ai pris à cœur de racler sommairement à la niveleuse les pistes dont je veux faire mon dernier rempart. En élargissant les passages de mayos et en créant des exutoires aux pires endroits j’espérais que le travail serait limité en début de saison. Le moment est venu de m’assurer de l’efficacité de la méthode. Avec mon beau camion et quelques volontaires difficiles à convaincre, je me lance dans les pailles après un franchissement laborieux de mayo Lidi, qui coule encore devant le campement. Le treuil et ses 50 m de câble fait merveille et le dispositif que j’ai installé à l’avant pour coucher les pailles nous évite d’encrasser le radiateur.

En partant à 9 heure du matin nous réussissons à nous rendre jusqu’à mayo Guelmoussa, au nord du carrefour de Petohï, où nous sommes calés par une coupure trop importante, puis à faire la boucle de Nangari, sans peine ; tout au plus nous aura il fallu rapidement aménager quelques franchissement, mais une fois les pailles brûlées, ce dont les braconniers s’en sont déjà grandement chargé, la piste sera praticable par les touristes. Pour moi une piste praticable et pratiquée signifie une victoire sur le braconnage : le passage des clients dissuadera les braconniers et engendrera un regain de faune qui incitera au passage, plus de clients… Cercle vertueux à initier de toute urgence !

La piste facilitera aussi les sorties de surveillances qui non content d’être rares, ne vont jamais bien loin faute d’accessibilité et de moyens. Il sera facile de demander à quelques pisteurs de monter avec un client qui les déposera ici où là, avec pour mission d’inspecter le secteur et de rentrer au camp…. La moitié du trajet est gagnée!

Nous avons péniblement fait une trentaine de kilomètre, mais je m’estime très content du résultat ; mon travail de juin s’est avéré utile et efficace, le camion est un super outil, et nous disposons d’une première piste accessible aux clients. De plus, dans le landernau des bracos, on saura dès demain que le blanc a rouvert l’ancienne piste de Nangari et que l’endroit risque de devenir malsain !

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Le 29, un vrombissement m’annonce l’arrivée de mes amis de la base aérienne de Garoua. Arrivée en force puisque ce sont trois ULM qui se posent dans l’herbe encore haute de la piste. Heureuse idée que j’ai eu de remettre en état un tronçon de cette piste qui autrefois parait-il, accueillait même des DC3 ! Outre le fait qu’elle serve à mon usage personnel, elle génère un peu de trafic aérien qui ne peut que servir ma cause et dissuader quelques peu le braconnage….

Dans un campement en plein chantier mes amis pilotes n’en sont pas moins mes premiers hôtes de la saison.

Un peu plus tard, un appel satellite de Chantal m’annonce l’arrivée de 3 personnes pour…. ce soir. Je tente de décommander, car bien que nous soyons en mesure de servir à boire et d’héberger tant bien que mal quelques personnes, ils est encore un peu tôt pour la restauration ! Je ne voudrais pas décevoir et de surcroît il est impossible de circuler dans le parc et plus encore d’y voir quoi que ce soit dans l’océan de hautes herbes qui ne sont pas encore prêtes pour les feux..

Depuis le début d’après midi le ciel est pourtant obscurci à l’est par les feux de brousse allumés par les braconniers. Ca me chagrine sérieusement, mais je n’ai pas vraiment la possibilité de réagir : aucune piste ne peut nous mener rapidement dans le secteur et les gardes et pisteurs ne montrent aucun enthousiasme à tenter d’entraver l’activité de leurs cousins ! J’espère que j’arriverai à faire évoluer cette mentalité, mais je doute fort parvenir un jour à obtenir que ce type de réaction de manière spontanée !

J’ignore si mes consignes d’annulation ont été entendues et je me prépare donc à recevoir quelques personnes, ce qui a pour effet de précipiter un peu les préparatifs ; ce soir le restaurant et deux chambres sont prêts, la cuisine également. Il y a bien quelques retouches à faire, mais elles supporteront d’attendre quelques jours….

Au final mes « clients » ne viendront pas, et j’y ai gagné un peu d’avancement dans les travaux !

J’ai toujours pris un plaisir extrême à ces soirées de début où de fin de saison, où tout seul, je profite égoïstement des nuits de brousse. Après une journée bien remplie, une saine fatigue où le stress de la ville n’a pas cours, je dîne très tôt et me retrouve seul face à l’immensité de la brousse. Une lampe à pétrole, un peu de musique ou un livre quelquefois, mais toujours quelques minutes d’introspection, de méditation, instants privilégiés dont je m’efforce de conserver la conscience. Ces instants là expliquent, excusent,  justifient et lavent toutes les peines de la journée.

Au retour je croise mes clients, que j'avise de la situation réelle. Bien qu'ils soient un peu irrités de la situation ils décident de se rendre sur place, quitte à n'y passer qu'une nuit.

Si je me presse de rentrer à Garoua, c'est que j'ai rendez vous avec les représentants de l'association "Planète Urgence" qui sont de fait de charmantes représentantes ! Cette association diligente des volontaires pour des actions de soutien dans le domaine de l'écotourisme. En fait je ne fais que finaliser des contacts pris l'année passée par Jean-Paul Arabeyre.

J'espère que le soutien de cette association qui œuvre déjà dans d'autres parcs au Cameroun participera à la dynamisation de Boubandjida. Nous brossons rapidement les grandes lignes de nos attentes réciproques et nous nous quittons ces dames reprenant l'avion le même jour.

Je fonde beaucoup d'espoir dans ce type de collaboration, car je sais qu'il faudra une synergie de volontés et de moyens pour parvenir à quelque chose, et ces volontaires, même s'ils risquent d'être une grosse charge pour nous, devraient initier une dynamique nouvelle pour le parc.

A Garoua, je croule sous les occupations et fais feu de tous bois…

 

Posté par boubandjida à 20:23 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur L’échéance se rapproche

    Félicitations

    Salut Paul
    Je voulais juste te dire bravo pour ce que tu fais.

    Posté par Francois, 10 décembre 2006 à 15:35 | | Répondre
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